"Lorsque j’ai créé et commencé à développer l’association Passerelles & Compétences, je la voulais la plus professionnelle possible. Je souhaitais y retrouver les mêmes standards d’efficacité que ceux que j’avais connus dans le cabinet de conseil dont j’avais été associé et que je venais de quitter.
Travaillant avec des bénévoles eux-mêmes très professionnels dans leur métier, il me semblait évident que nous ne pouvions pas ne pas atteindre un certain niveau d’efficacité. J’ai vite déchanté. Ou plutôt, je me suis vite « réenchanté ».
J’ai très vite compris que j’allais devoir changer mon regard sur la notion d’efficacité si je ne voulais pas que cette belle aventure s’arrête là. Car comment demander à quelqu’un d’être essentiellement efficace lorsqu’il est bénévole, donc lorsqu’il est là par sa seule bonne volonté, avec ou sans ses compétences selon ce qu’il désire. Et finalement à quoi sert de lui demander d’être efficace. Le but est-il d’arriver vite ou d’arriver loin ?
Nous sommes formatés par une pensée qui met en exergue l’efficacité de l’action (aller vite) en omettant trop souvent sa fécondité (aller loin). Il faut avouer que cette deuxième notion est assez complexe à appréhender et seule l’expérience concrète nous permet peut-être de comprendre leur différence...
"C’est en récréant la chaine humaine de la fécondité que nous avons toutes les chances de redevenir terriblement efficaces."
Créée en 2002, Passerelles & Compétences met en relation des associations de solidarité et des professionnels, dans le cadre de missions ponctuelles bénévoles.

"Notre temps en effet, marqué par la mondialisation, avec ses aspects positifs et négatifs, mais aussi par des conflits sanglants toujours en cours et par des menaces de guerre, demande un engagement renouvelé et collectif pour la recherche du bien commun, du développement de tous les hommes et de tout l’homme.
Les foyers de tension et d’opposition causés par des inégalités croissantes entre riches et pauvres, par la prévalence d’une mentalité égoïste et individualiste qui s’exprime également au travers d’un capitalisme financier sans régulation, nous inquiètent. En plus des différentes formes de terrorisme et de criminalité internationales, les fondamentalismes et les fanatismes qui défigurent la vraie nature de la religion, appelée qu’elle est à favoriser la communion et la réconciliation entre les hommes sont autant de dangers pour la paix.
Et pourtant les nombreuses œuvres de paix dont le monde est riche, témoignent de la vocation innée de l’humanité à la paix. En chaque personne, le désir de paix est une aspiration essentielle qui coïncide, d’une certaine façon, avec le désir d’une vie humaine pleine, heureuse et accomplie. En d’autres termes, le désir de paix correspond à un principe moral fondamental, c’est-à-dire au développement intégral, social, communautaire, entendu comme un droit et un devoir, et cela fait partie du dessein de Dieu sur l’homme. L’homme est fait pour la paix qui est don de Dieu.
[…]
Le démantèlement de la dictature du relativisme et de l’adoption d’une morale totalement autonome qui interdit la reconnaissance de l’incontournable loi morale naturelle inscrite par Dieu dans la conscience de chaque homme est une condition nécessaire de la paix. La paix est construction d’un vivre-ensemble en termes rationnels et moraux, s’appuyant sur un fondement dont la mesure n’est pas créée par l’homme mais par Dieu même. « Le Seigneur donne la puissance à son peuple, le Seigneur bénit son peuple dans la paix », rappelle le Psaume 29 (v.11)."
Le travail est une réponse à un appel profondément inscrit dans la nature de l’homme comme on le voit au livre de la Genèse: créé à l’image d’un Dieu créateur, l’homme est appelé à se faire lui meme créateur (Gn 1,27). C’est pourquoi le travail a toujours été considéré par les chrétiens comme faisant partie de la spiritualité, depuis les premiers temps du monachisme et la règle de saint Benoît ora et labora (“prie et travaille”) jusqu’à la philosophie chrétienne contemporaine et l’appel de Simone Weil à rebâtir une veritable “spiritualité du travail”. L’homme est appelé à un travail qui ne se présente pas simplement comme moyen d’assurer sa subsistance mais comme une activité créatrice, un apport personnel à la réalisation du plan providentiel dans l’histoire (Laborem Exercens, LE 25,4). L’homme peut rencontrer Dieu dans son travail puisque Dieu en a besoin, en quelque sorte, pour réaliser son dessein. C’est là l’imminente dignité du travail humain, c’est aussi sa grande responsabilité : participer à la construction du Royaume, à l’édification d’une société de justice, de charité et de paix (LE 25,6). C’est en ce sens que l’ardeur au travail est une vertu, une activité qui réalise le don reçu par l’homme au service de tous les hommes. “
"Harmoniser les temps de travail et les exigences de la famille, la profession et la maternité, le travail et la fête, est important pour construire des sociétés au visage humain. En cela, privilégiez toujours la logique de l’être par rapport à celle de l’avoir : la première construit, la deuxième finit par détruire. Il faut s’éduquer à croire, avant tout en famille, dans l’amour authentique, qui vient de Dieu et qui nous unit à lui et pour cela justement « nous transforme en un Nous, qui surpasse nos divisions et qui nous fait devenir un, jusqu’à ce que, à la fin, Dieu soit "tout en tous" » (1 Co 15, 28)» lire toute l'homélie
Bruno de Saint Chamas, dirigeant d'une société informatique, délégué général de Capital Don (fond de dotation pour promouvoir le don et la gratuité), président d'Ichtus
Gérard Thoris, économiste, philosophe, professeur à Sciences Po, intervenant à Chemin d'Humanité
Pierre-Yves Gomez, économiste et professeur de stratégie a l'Ecole de Management à Lyon, fondateur du Parcours Zachée
"La Doctrine sociale de l'Eglise nous aide a découvrir notre nature" - "Elle est une proposition pour la société" "une pratique" - "La Doctrine sociale de l'Eglise prend pour point de départ la liberté des hommes" - "Le principe de subsidiarité peut nous aider à regarder les propositions économiques [des candidats aux présidentielles]"
"L’enseignement et la diffusion de la Doctrine sociale de l’Eglise appartient à la mission d’évangélisation : c’est une partie essentielle du message chrétien, car cette doctrine en propose les conséquences directes dans la vie et la société et elle place le travail quotidien et la lutte pour la justice dans le cadre du témoignage rendu au Christ Sauveur" (Centesimus annus, 5).

Dans ce discours historique, le pape définit « ce qui […] doit être important pour un politicien » : « Ce ne doit pas être le succès et encore moins le profit matériel », « La politique doit être un engagement pour la justice et créer ainsi les conditions de fond pour la paix ».
« Dans les questions fondamentales du droit, où est en jeu la dignité de l’homme et de l’humanité, le principe majoritaire ne suffit pas: dans le processus de formation du droit, chaque personne qui a une responsabilité doit chercher elle-même les critères de sa propre orientation. »
Mais, « comment reconnaît-on ce qui est juste ? ». « Le christianisme (…) a (toujours) renvoyé à la nature et à la raison comme vraies sources du droit » avec l’idée d’une « corrélation entre la raison et la nature comme source juridique valable pour tous ».
« Là ou la raison positiviste s’estime comme la seule culture suffisante, reléguant toutes les autres réalités culturelles à l’état de sous-culture, elle réduit l’homme, ou même, menace son humanité. » La «raison positiviste» ne perçoit que ce qui est «fonctionnel». Elle ressemble, dit Benoît XVI, «à un édifice de béton armé sans fenêtre, dans lequel nous nous donnons le climat et la lumière tout seuls, et nous ne voulons plus les recevoir du vaste monde de Dieu». « Il faut ouvrir à nouveau tout grand les fenêtres, nous devons voir de nouveau l’étendue du monde, le ciel et la terre et apprendre à utiliser tout cela de façon juste. »
« L’importance de l’écologie est désormais indiscutée. Nous devons écouter le langage de la nature et y répondre avec cohérence. Je voudrais cependant aborder avec force un point qui aujourd’hui comme hier est –me semble-t-il- largement négligé: il existe aussi une écologie de l’homme. L’homme aussi possède une nature qu’il doit respecter et qu’il ne peut manipuler à volonté. »
« La culture de l’Europe est née de la rencontre entre Jérusalem, Athènes et Rome – de la rencontre entre la foi au Dieu d’Israël, la raison philosophique des Grecs et la pensée juridique de Rome. Cette triple rencontre forme l’identité profonde de l’Europe. Dans la conscience de la responsabilité de l’homme devant Dieu et dans la reconnaissance de la dignité inviolable de l’homme, de tout homme, cette rencontre a fixé des critères du droit, et les défendre est notre tâche en ce moment historique. »
Lire le texte complet du discours ici

Extrait d’une conférence introductive à une journée de réflexion sur la Doctrine sociale de l'Eglise proposée par le diocèse de Nanterre et organisée avec le CCFD et le Secours Catholique. Nov 2010
Notre point de départ, c’est le mystère de l’incarnation. Quand Dieu prend notre nature humaine l’homme est rejoint dans la totalité de son être, y compris de son être social. L’homme à évangéliser n’est pas un être abstrait mais l’acteur de la vie économique et sociale.
Voilà pourquoi l’Eglise annonce l’Evangile au cœur des relations sociales : afin de féconder la société par l’annonce de la Bonne Nouvelle.
Pourtant l’Eglise n’a pas une mission d’ordre politique, économique ou sociale. Sa mission est une mission religieuse. Par son enseignement, l’Eglise n’entre pas dans des questions techniques et ne propose pas de système d’organisation sociale ; elle ne propose pas de modèles. Elle assiste plutôt les hommes dans la voie du salut et elle évangélise la vie en société.
La doctrine sociale n’est donc pas une idéologie ; mais plutôt une réflexion sur les réalités humaines, sociales à la lumière de la Révélation. Son but est d’interpréter ces réalités en réfléchissant à leur conformité ou non avec l’enseignement de l’Evangile sur la vocation de l’homme à connaître Dieu et à aimer à la manière de Dieu.
La doctrine sociale prend donc sa source dans la Révélation : dans l’Ecriture et la Tradition. Pourtant elle n’écarte pas la raison ; elle s’appuie sur la raison ; mais une raison éclairée par la foi. Elle sait que le mystère du Christ illumine, révèle le mystère de l’homme.
La doctrine sociale a une fonction d’annonce et de dénonciation :
→ annonce d’un regard particulier sur l’homme, d’une anthropologie ; y compris par des normes et des directives. Là l’Eglise forme et oriente les consciences.
→ dénonciation face au péché, face à l‘injustice et à la violence qui traversent notre société. De manière toute particulière par la défense des droits bafoués, notamment ceux des pauvres et des faibles.
Il y a une continuité de l’enseignement social de l’Eglise qui ne dépend ni des cultures différentes, ni des différentes idéologies ; mais il y a également un renouvellement constant de la réflexion car elle opère un discernement sur les évènements du monde : les réalités socio-économiques sont changeantes.
L’étude de la doctrine sociale peut, en particulier, nous guérir aujourd’hui de trois maux: L’individualisme, la privatisation de la foi et le sentimentalisme.
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"Le Saint-Père [dans son encyclique Caritas in Veritate] ne parle pas de gratuité absolue dans l’économie, mais il dit qu’il doit y avoir place pour la gratuité. Cela signifie qu’à côté de la gratuité, ou plus exactement enlacée avec elle, les formes commerciales de l’échange doivent être maintenues et cela est juste. Mais il faut d’une part qu’elles soient précisément justes, c'est-à-dire qu’elles reposent sur ce qui est dû et d’autres part, qu’elles ne soient pas exclusives. Une fois que ce qui est dû est acquitté, il y a effectivement place pour la gratuité. Mais pour entrer dans une telle dynamique, il faut reconsidérer l’économie." Télécharger tout l'article
Cyril Brun est responsable de l’Observatoire sociopolitique du diocèse de Fréjus-Toulon
"L'homme doit imiter Dieu lorsqu'il travaille comme lorsqu'il se repose, étant donné que Dieu lui-même a voulu lui présenter son oeuvre créatrice sous la forme du travail et sous celle du repos. Cette oeuvre de Dieu dans le monde continue toujours, comme l'attestent ces paroles du Christ: «Mon Père agit toujours ...» il agit par sa puissance créatrice, en soutenant dans l'existence le monde qu'il a appelé du néant à l'être, et il agit par sa puissance salvifique dans les coeurs des hommes qu'il a destinés dès le commencement au «repos» en union avec lui, dans la «maison du Père». C'est pourquoi le travail de l'homme, lui aussi, non seulement exige le repos chaque «septième jour», mais en outre ne peut se limiter à la seule mise en oeuvre des forces humaines dans l'action extérieure: il doit laisser un espace intérieur dans lequel l'homme, en devenant toujours davantage ce qu'il doit être selon la volonté de Dieu, se prépare au «repos» que le Seigneur réserve à ses serviteurs et amis."
Laborem Exercens 25.3 (Sur le Travail humain par le Bienheureux Jean-Paul II, 1981)

Auxcaptifs, la libération est une association loi 1901 qui a pour mission de rencontrer et d'accompagner les personnes de la rue. Cet article, publié sur le website de l'association, expose l'accompagnement proposé pour les hommes et les femmesqui vivent la pauvreté de la prostitution.
Notre mission est d’accompagner des hommes et des femmes prostitués. Ce n’est pas une mince affaire, surtout pour un objectif aussi ambitieux : faire que ceux que nous rencontrons se reconstruisent suffisamment pour pouvoir poser de vrais choix et quitter librement la prostitution.
M. se prostitue à quelques pas de la Porte Dauphine. Depuis des décennies. Nous avons fait connaissance à la porte de sa camionnette au fil de conversations longues, passionnantes dans le bruit des klaxons et le brouhaha du périph. Cachée derrière une masse de cheveux frisés, avec de grandes gesticulations, M. nous fait souvent part de sa tristesse, de ses désillusions, de sa solitude. Elle parle de la prostitution, « miroir aux alouettes », avec colère ou résignation, mais toujours avec une lucidité étonnante.
Voici quelques jours, M. franchit pour la première fois la porte de l’association..." lire tout l'article